De Sorcière à Tisseuse du Voile : Quête d’Authenticité


De sorcière à tisseuse du Voile : quête d’authenticité

De sorcière à tisseuse du Voile

Il y a 10 ans, quand l’échoppe d’Avalon a vu le jour, la magie et la sorcellerie étaient des pratiques méconnues. J’avais énormément de plaisir à trouver le moyen de susciter l’intérêt, d’expliquer et d’échanger sur le sujet, et surtout de casser les clichés de la sorcière vilaine et mauvaise. De nombreuses personnes venaient à la boutique, me posaient des questions et nous partagions sur la magie et les traditions. Suite au désir des clients d’apprendre, en 2019 j’ai mis en place l’école de magie Vanyali et débuté les cours.

L’évolution du regard sur la sorcellerie

Au fil du temps, le sujet devint de plus en plus connu et tout commença à se mélanger : mouvements féministes de sorcières, mouvements écologiques de sorcières, politiciennes « sorcière » parce qu’elles se tirent une carte d’oracle le matin, et j’en passe. L’intérêt et les questionnements intéressants sur les croyances et la base se transformaient gentiment en une quête de « moi aussi j’en suis une ».

Cet intérêt amena les médias à s’en mêler. J’avais été contactée par un journaliste pour une émission sur une chaîne télé sur les covens de Suisse romande. Emballée par l’idée d’en parler, j’acceptai directement, mais au fil des heures, l’idée me semblait de moins en moins bonne. En fin de journée, je rappelai le journaliste pour lui annoncer mon refus. Peu content de ce changement, il me contacta par tous les biais possibles durant trois jours, en glissant des questions ici et là. J’acceptai d’en entendre une ou deux et : « Quel est votre opinion et intérêt en tant que sorcière pour les mouvements écologiques ? » Euh… mouais, bon… J’ai bien compris pourquoi ça ne me convenait pas. Certes, la nature est un point central dans la pratique de la magie. On travaille main dans la main avec elle, on lui montre respect et on la comprend, mais un mouvement écologiste hyper médiatisé et extrémiste n’a que peu d’intérêt pour moi. Je ne dis pas qu’il est inutile, je dis juste que ma pratique est axée sur la spiritualité plus que sur la politique.

Face à la consommation du sacré

Les mois, les années continuèrent et ça empirait… Fnac, grands magasins se transformèrent en boutiques ésotériques au rabais, proposant une multitude de produits similaires à ceux trouvés dans mon échoppe, mais à prix réduit et avec, avec lui, le conseil. Pire encore, des gens venaient me voir en me disant : « J’ai acheté ce tarot à la Fnac mais je ne le comprends pas bien, vous pouvez me conseiller ? » Comment dire non, mais en même temps, mes rayons ne se vidaient plus. Les questions des clients se transformèrent en : « Chouette votre boutique, mais moi aussi je suis sorcière. J’ai du romarin dans le jardin et ma grand-mère préparait des crèmes. » Je ne crache pas sur ces facultés, mais l’effet de mode tuait gentiment l’authenticité.

Plus le temps passait, moins j’utilisais le mot sorcière. Non pas qu’il perdait du sens pour moi, mais il perdait du sens pour le monde. Sans me réduire à un seul mot, tout cela créa un déséquilibre intérieur. Ma pratique et mes croyances restaient intactes, mais mon positionnement, lui, prenait cher.

Préserver le sens profond de la magie

D’autres boutiques apparurent, mais cela ne me dérangeait pas. Ça permettait de recentrer ce que je propose et de moins me disperser en cherchant à ce que chacun ait sa place et son énergie. Puis arriva « witch-tok » et la fast-sorcellerie de fans de série télé. La perte de sens profond de la pratique de la magie me brisa le cœur. Même si j’avais des clients toujours intéressés avec des valeurs, je sentais bien que ce « trop-trop » allait vite saouler les gens et que bientôt la magie n’intéresserait plus personne, pour se concentrer sur le prochain sujet à la mode, laissant derrière lui une zone piétinée et pleine de détritus.

Un ancrage solide pour demain

Aujourd’hui, la mode est passée de sorcière à viking. Même si mes croyances et pratiques sont intactes, mon positionnement et ce que je propose ont évolué, ce qui est positif. Je garde le cap dans mon évolution. Mes fondations sont solides et je les transmets toujours au travers de mes cours ou des portes de la magie, car je reste convaincue que c’est la base qui fournit un ancrage dans sa spiritualité. Pousser chacun à comprendre les siennes pour se construire une pratique claire par-dessus est toujours autant important pour moi.

Le mot « sorcière » est sorti de mon vocabulaire pour me décrire, mais je n’en reste pas moins une âme libre et désireuse de transmettre son expérience. J’ai envie de créer, de tisser des liens entre la brume du mystère et le monde moldu.

Au travers de ces lignes, je souhaite juste partager mon expérience, mon évolution et l’évolution de la magie ces dernières années. Tout est cyclique et, même si les évolutions sont difficiles, elles viennent nous rappeler l’importance de rester ancré dans ses valeurs dans les moments compliqués et de savourer chaque instant dans ceux qui sont riches et nourrissants.

« La brume s’éloigne, laissant en héritage la trace de chaque instant où l’âme a appris à écouter le monde. »

Gilraen Tarasë – Gardienne des Brumes

📸 Texte et photos: Francesca


Merci à Francesca de l’Échoppe d’Avalon pour ce texte inspirant.
En complément, nous vous invitons à écouter ou réécouter les épisodes en rapport avec l’histoire de Francesca ainsi que le Tarot..
Bonne écoute !

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